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Dernière journée à Vancouver




      Cette dernière journée à Vancouver méritait une place à part. Tout d’abord parce que l’ambiance d’une dernière journée de trip c’est toujours un peu spécial, mais celle-ci en particulier. La veille, Chris de Norco nous appelle pour aller rouler avec lui le soir après le boulot sur Eagle , une montagne rive gauche du fjord (les trois autres sont rive droite) pour laquelle il n’existe aucune carte des trails. Autrement dit, sans l’aide d’un local tu ne trouves pas. Il y aura 4 ou 5 de ses collègues, la vraie sortie d’après taf quoi. Il ne nous restait plus qu’à occuper tout le début de journée. Noël tient absolument à nous montrer son trail favori sur Fromme, c’est une bonne idée d’autant plus que Roro nous tanne depuis plusieurs jours pour aller faire le fameux road gap de Fromme qu’il n’a pas eu l’occasion de sauter suite à son absence sur blessure et médecine chinoise le D-days !

Noël et Jay Hoots

Gérald sur le road gap


      C’est donc parti pour un ultime run sur Fromme. Jay Hoots , officiel Norco, ex pro rider, maintenant retraité des contests mais toujours en activité pour des démos, des stages ou pour la construction de module sera de la partie également. Upper et Lower Boundary, le trail que veut nous montrer Noël est plutôt sur la moitié basse de Fromme mais nous remontons tout de même au sommet pour en profiter une dernière fois d’une part, mais aussi pour arriver bien chaud sur le Road Gap. Roro le tient enfin, mais tandis que nous nous contentons de le sauter proprement Jay sort un joli table puis un no-foot , pas mal pour un retraité ! Pour rider Boundary il faut d’abord parcourir Pink Starfish, un trail bien technique avec de nombreux passages raides, des skinnies et des drops mais malheureusement aux réceptions un peu plates. Dommage. La sortie du trail est toutefois fort amusante avec Hogo Pogo, une sorte de monstre du Loch Ness en racine sortie de terre et qui sert de skinny.



      On entre enfin dans Upper Boundary et là le niveau augmente d’un coup. Les skinnies sont vraiment hyper étroites, il faut rouler tout en finesse. Nous sommes passés à des endroits, comme cette courte montée sur un tronc suivie d’une descente sur une planche hyper étroite et tellement raide que nous n'étions pas sûrs qu’en bas le bike basculerait du bon côté, que nous aurions souhaité refaire sous aucun prétexte sur le moment. Ils sont passés une fois, avec des sueurs froides, et le sentiment de jouer avec le feu est omniprésent. Il y a même une bascule posé sur un log ride déjà bien haut que seul Jay et Ju sont parvenus à sortir. D’ailleurs Jay est d’une facilité déconcertante sur ces skinnies, d’une précision incroyable. Les modules de ce trail sont hallucinants, des épingles en passerelles suspendues, des passerelles très hautes et tortueuses , bref un trail hyper technique et engagé. Une bonne technique et un gros mental sont requis. Le dernier stunt est à l’image de Boundary, un long log ride sur lequel on commence par grimper, puis à la descente ça accélère un peu (toujours sur le tronc hein) et là ça vire à la skinny pour changer de tronc. On sort épuisé mentalement de ce trail. Le pire dans cette histoire est que ce trail a été construit intégralement par une femme !

Jay facile

Roro à l'intérieur d'un tronc


      Nous demandons un poil inquiet à Jay qui sera aussi de la partie ce soir, comment sera le trail par rapport à celui-ci. Beaucoup plus facile nous garanti-t-il. Ouf ! Un cass’dale vite avalé plus tard et on fonce chez Norco récupérer les guys à la sortie de la boîte. Ils sont sept, tous surexcités après leur journée de boulot, les Pick-up démarrent en burns en direction d’Eagle, nous nous sommes de plus en plus inquiets du coup. C’est notre 14ème jour de ride consécutif à coup de 8 à 10 heures par jours et les organismes crient au secours. Seules nos têtes surmotivées à l’idée de rouler le North Shore maintiennent tous ça tant bien que mal en ordre de marche malgré les petits bobos divers qui émaillent maintenant l’ensemble du groupe. Faut pas rêver, tu t’en mets forcément quelques-unes ici ! Sur Eagle pas de voiture, ils faut monter les bikes soit même. Cela tombe bien nous ne sommes pas fatigués et on s’est déjà cogné la montée de Fromme sur les bikes ce matin. Pas non plus de fire-way pour monter, on pousse donc nos bikes le long du trail, ça sert de reco.


double+step-up+step-down


      Et là on hallucine à nouveau, des doubles, des drops, des enchaînements de modules en bois partout dont une double+step-up+step-down ou encore une immense double avec prise d’élan en roller par dessus un énorme arbre couché en travers, un gros wall ride en bois avec un appel pour y grimper. Nicefield a alors cette remarque amusante : ‘’Ouahou, je vais me régaler’’ avant d’ajouter ‘’en temps que spectateur’’. C’est vrai que c’est assez impressionnant, d’autant plus que Chris avec qui nous avons déjà ridé à Seymour nous avoue ne pas tout sauter ici et ce n’est pas un manche le bougre. De mon côté je ne parle plus, je suis en mode éco divisé entre assurer le coup et me garantir ainsi un retour à la maison intact , ou tenter tous les modules qui ont l’air si amusants. J’ai échappé aux gros bobos jusqu’à maintenant et ce serait dommage de se casser maintenant. Le problème c’est que dans cet état de fatigue général, la tête ne fonctionne pas aussi bien et ma fonction peur est en panne !

1m50 de diamètre pour ce tronc!

Lud


      Quand j’enfile mon casque au sommet, c’est finalement décidé à en profiter jusqu’au bout, et vu l’œil rieur de Roro au départ il pense à la même chose. On verra bien. On demande quand même le nom du Trail que l’on va descendre, histoire de savoir. On nous répond "le dentist, car certains se sont cassés les dents dessus !". Aucun de nous ne se donne la peine de demander si c’est au sens propre ou au figuré, au point où l'on en est, on est plus à ça près. En plus un court instant on est rassuré par l’allure de certains de nos partenaires du moment, casque de XC, peu ou pas de protections, pour certains amortisseur HS, on se dit que ceux là n’enverront pas du gros au moins. Bon ça rassure vraiment qu’un court instant car au bout de 100 m de trail il y a déjà un gros drop que tout le monde s’envoie ! Bien, le niveau moyen du groupe ne fait pas rire. Il y a même un jeune, prénommé Robbie, qui est ultra fort. Une future star ?



      L’ambiance pendant cette descente est extraordinaire, la bonne grosse sortie entre potes, ça refait les modules 4 ou 5 fois, on se prend au jeu et tout passe. Alors que Ju coince sur l’enchaînement double, step-up , step down , Jay très pédagogue lui explique comment faire et lui demande de prendre sa roue pour lui donner la vitesse et le faire en tchou-tchou. Ju s’exécute et réussit du premier coup. C’est trop fort de vivre ça, de partager ça avec eux. Notre enthousiasme se voit et fait plaisir à nos hôtes qui nous tapent dans les mains et nous félicitent à chacune de nos réussites. C’est bon enfant. Sur la grosse double au-dessus du tronc , l’émulation grandit et les figures commencent à entrer. X-up, Suicide, même la grosse chute de Jay sur un superman ne calme pas les ardeurs des mecs. Les crashs doivent être monnaie courante et on n’y attache pas trop d’importance. Toutefois plus de stunt pour Jay ce soir, genou salement amoché malgré la genouillère. Plus bas on tombe sur un double que seul Robbie réussira, un double en virage avec une approche très délicate et une réception qui l’est tout autant car avec un virage à gauche juste derrière. Une première à priori. N’ayant plus Jay pour nous montrer l’élan et la vitesse pour franchir les modules nous jetons notre dévolu sur James pour la fin du trail, il est québécois ça facilite les échanges.

Roro

Les locaux très faciles


      .Sur le bas la vitesse augmente considérablement, la fin du trail, et donc de notre trip est proche, James ouvre, Roro est dans sa roue et moi dans la sienne, dernier drop tout en longueur, virage relevé à droite, grosse double en transfert à gauche suivi immédiatement d’une longue double en transfert à droite. A cet endroit ça roule très vite, James passe, Roro perd le contrôle à la réception de la dernière double du dernier trail alors que je suis déjà en l’air, en plein sur sa trajectoire. Il va s’emplâtrer dans l’arbre à l’extérieur du virage coupant net ses durites de freins contre la potence, lorsque je me pose, le bike gis sur la réception, l’espace d’un instant je me vois faire l’OTB de ma vie en m’encastrant dans ce spad mais l’instinct de survie me sauve, je me pose sur l’angle, vire à l’inter du virage et passe à quelques millimètres du bike au sol, le tout à une vitesse archi déraisonnable. Guillaume n’a rien, je m’en sors super bien, whaou quel émotion, quelle montée d’adrénaline tout du long de cette descente, le trail est fini, le trip s’achève là-dessus. Il ne pouvait pas mieux se terminer.



      L’air de ‘’Just a perfect day’’ nous inonde à nouveau l’esprit, on est vraiment bien, on a roulé intensément pendant 14 jours, ne gâchant rien, profitant au maximum de ce que pouvait nous offrir la BC sur un laps de temps aussi court, on est comblé, le mot est lâché. Avant de partir on demande tout de même à Jay s’il trouve réellement ce trail plus facile que celui de ce matin et il nous répond qu’il n’avait pas compris que c’était ce trail que l’on ferait, sinon il nous aurait prévenu. Finalement tant mieux qu’il n’est pas compris, car avertis nous aurions peut-être pas accepté l’invitation pour notre dernier run et nous n’aurions pas volé avec les aigles ! Un bon trip se fabrique aussi de beaux malentendus.

Lud

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